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LE (RE)DÉPLOIEMENT DU BOIS COMME SOURCE D’ÉNERGIE : OPPORTUNITÉ OU MENACE POUR LES ESPACES FORESTIERS ?
L’énergie bien utilisée est celle que l’on ne consomme pas ! Des efforts de sobriété sont donc à engager afin avant tout de réduire nos besoins énergétiques. Il est important de rappeler que c’est grâce à ces efforts que les énergies renouvelables seront en mesure de satisfaire à nos besoins élémentaires.

Le bois, première source d’énergie renouvelable en France (devant l’hydroélectricité), n’échappe pas à cette règle ! Néanmoins, la trajectoire tracée par la Loi relative à la Transition Energétique et la Croissance Verte (août 2015) confirme la nécessité d’accroître les prélèvements pour répondre à l’objectif de porter à 32% d’ici à 2030 la part des énergies renouvelables dans la consommation énergétique finale (les énergies renouvelables représentent environ 10% aujourd’hui). Cet objectif constitue t-il une opportunité ou une menace pour les espaces forestiers ?

L’état des filières de production et de consommation

Le regard sur les filières existantes permet de partager l’état initial de la situation.

Il convient pour cela de distinguer les 3 grands types de bois énergie : le granulé de bois, constitué de sciure de bois compressée, le bois déchiqueté, issu du broyage de bois, et le bois bûche, la première source d’énergie renouvelable en France.

Concernant le granulé, les 14 producteurs de la Région produisent près de 340 000 tonnes, soit environ 135 000 tep (Tonnes Equivalent Pétrole). Or, la consommation estimée n’est que de 60 000 tep. Pour ce produit bois énergie, la Région Auvergne Rhône-Alpes est clairement exportatrice en ce qui concerne le produit fini. Mais quand est-il de la matière première nécessaire à la production ? Pour produire ces 340 000 tonnes de granulés, les producteurs trouvent leur matière première essentiellement auprès de l’activité de la première transformation, notamment auprès des industries de sciages résineux.  Cette activité génère en Auvergne-Rhône-Alpes la mobilisation en forêt de près de 3,8 millions de m3eqBR /an (mètres cube équivalent bois rond). Sans augmentation de ces volumes destinés au sciage, il est fort probable que l’activité de granulation génère, pour leurs besoins en matière première, à la fois quelques flux à l’import, mais également une légère tension sur la matière première et donc des conflits d’usage avec d’autre utilisateurs, et enfin de la mobilisation directement en forêt de rondins et billons amenés à être transformés en sciure.

Concernant le bois déchiqueté, la Région compte 176 entreprises, qui produisent environ 1,1 millions de tonnes, soit 325 000 tep, dont plus de 200 000 sont directement issues de forêt. Cela équivaut à la mobilisation annuelle d’environ  900 000 m3eqBR/an.

La consommation maximale en bois déchiqueté, c’est-à-dire en considérant un fonctionnement à pleine puissance des unités de combustion, est quant à elle évaluée à 475 000 tep.

La différence entre la consommation maximale et la production, de l’ordre de 150 000 tep, ne reflète pas nécessairement des flux important d’importation. Elle s’explique à la fois par le non recensement, dans les volumes produits, des volumes autoconsommés et des éventuelles connexes de scieries utilisés dans des chaufferies, mais également par les deux derniers hivers relativement chaud, et des installations qui n’ont pas fonctionné à leur pleine puissance.

Concernant le bois bûche, les données sont beaucoup plus éparses compte tenu de l’éventail de pratiques des consommateurs : autoconsommation, achat auprès d’un professionnel, achat illégal (marché noir), etc.  Les différentes enquêtes de consommation permettent d’estimer celles-ci à environ 515 000 tep, soit près 2,5 millions de m3eqBR. La production mise sur le marché par les professionnels du secteur est de 140 000 tep environ. Cette production ne reflète pas le prélèvement total en forêt, compte tenu du nombre de consommateurs qui ne passent par un professionnel pour leur approvisionnement. La différence entre le volume commercialisé et le volume prélevé met en évidence que cette pratique concerne l’équivalent de 290 000 tep environ. Il existe donc très certainement un léger flux à l’import difficilement quantifiable au regard de la fiabilité des données disponibles.

Quels impacts sur les espaces forestiers ?

L’état, dressé ci-dessus, des filières de production/consommation de bois énergie en Auvergne Rhône-Alpes, montre que le besoin de bois à mobiliser en forêt pour satisfaire à la demande actuelle est de l’ordre de 7,2 millions de m3eqBR (y compris les besoins de sciage pour l’approvisionnement des unités de granulation).

Le prélèvement en forêt est quant à lui évalué à environ 6,6 millions de m3eqBR. Cette différence confirme un léger  flux d’importation de moins de 10% des besoins totaux.

L’impact sur les espaces forestiers peut tout d’abord être évalué par comparaison avec la production biologique annuelle, c’est-à-dire la croissance des arbres. Cette comparaison montre qu’en Auvergne Rhône-Alpes les besoins anthropiques ne représentent que 50% de l’accroissement annuel. Ainsi, la forêt s’accroit de 7 millions de m3eqBR chaque année. L’augmentation de la consommation peut donc être satisfaite sans remettre en cause le cadre d’une gestion durable en visant la mobilisation de ces bois aujourd’hui laissés en forêt.

Une autre méthode consiste à analyser, à l’échelle de la Région, les données issues des Plans d’Approvisionnement Territoriaux (PAT), qui couvrent près de 50% de la surface forestière régionale. Un PAT est un outil développé et proposé aux territoires qui en font la demande. Il vise à faire un état des lieux de la ressource forestière d’un territoire, en évaluant notamment le bois supplémentaire disponible au regard des conditions de mobilisation existantes et compte tenu des besoins actuels et futurs du territoire. L’agglomération des 17 PAT que compte la Région montre qu’en moyenne la ressource totale en bois énergie (hors bois d’œuvre) est d’environ 2.5 m3 par hectare de forêt, et par an, dont 1 m3/ha/an présente peu de freins à la mobilisation, 1 autre m3/ha/an plus difficilement mobilisable, et 0.5 m3/ha/an très difficilement mobilisable (en l’état des conditions technico-économiques).

Une partie de ce potentiel de 2.5 m3/ha/an est d’ores et déjà destinée aux consommations actuelles, et le solde de bois supplémentaire n’est réellement que de 1 m3/ha/an, soit 2,5 millions m3eqBR, essentiellement dans des conditions difficiles à très difficiles.

Les services de l’Etat et la Région Auvergne-Rhône-Alpes envisagent, dans le cadre de l’élaboration du Schéma Régional Biomasse (SRB), de fixer l’objectif de mobilisation supplémentaire à l’horizon 2035 à 1,8 millions de m3eqBR.

Conclusion

Le potentiel forestier est indéniable. Il permettrait sans problème de doubler la puissance de chaudières bois installées en Région, sans remettre en cause le principe de gestion durable.
Néanmoins, l’accès à la ressource souffre à la fois de freins structurels (topographie, morcellement du parcellaire, manque d’infrastructures,...) et également conjoncturels (prix de marché, et concurrence avec les autres énergies). Dans ces conditions, l’augmentation de la consommation nourrit nécessairement trois phénomènes : le recours à l’innovation, pour mobiliser aujourd’hui des bois qui hier restaient en forêt, l’augmentation de la pression sur les forêts les plus accessibles, et enfin l’augmentation des flux de bois depuis les régions limitrophes.

Ce phénomène de flux de bois est quasi automatique au regard des caractéristiques mêmes des territoires : ceux avec une densité de population forte, et donc des besoins de chauffage important, sont généralement ceux avec un taux de boisement relativement faible ; ils seront quasi obligés d’importer de la ressource pour satisfaire à leurs besoins ; à l’inverse, les territoires plus ruraux présentent des caractéristiques plus propices à l’exportation de bois. Ce raisonnement s’applique à l’échelle interterritoriale, interdépartementale, et interrégionale. La région Auvergne-Rhône-Alpes, et principalement sa partie Rhône-Alpine, présente les caractéristiques d’un territoire importateur, à la différence par exemple de la région Bourgogne Franche Comté.

Ces dynamiques complexifient assurément l’analyse du bilan statique entre consommations et ressources potentielles, au même titre que l’impact des prix de marché, susceptible de largement « redistribuer les cartes ».

Il est néanmoins rassurant de constater que la trajectoire fixée pour les années futures, même si elle est ambitieuse, reste raisonnable au regard de l’accroissement biologique et même au regard du potentiel identifié dans les PAT.
 
 
 

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